Café-Kinder

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Dépression: truc naze.

1h47 du matin. L’heure de croisière.
L’ heure où la faune diurne recharge les batteries plongée dans un sommeil réparateur. L’heure où tout est calme. L’heure où dans ma cité deux ampoules ont bien compris qu’elles ne gagneront pas le combat contre les lampadaires.
Mon heure.
C’est la nuit qui m’a fait. Qui m’a fait écrire j’entends.
Café-clopes.
Ah bah non.
Depuis que j’ai décidé que je serai beaucoup mieux avec 10 kg de plus, c’est plutôt café tout court.
Enfin…
Café-Kinder pour être honnête.
C’est nul d’être honnête.
J’ai quasiment tout écrit la nuit ; un peu comme les ampoules solaires : on bouffe tout ce qui passe la journée et on le recrache le soir à l’abri des regards. C’est d’ailleurs loin d’être seulement un truc d’ aaaaaaaaartisteuuuuuu ; On est beaucoup dans ce cas là. La nuit c’est le même décor mais un scénario différent, des lumières différentes, des acteurs différents.
Longtemps j’ai pris la nuit pour acquise. C’était ma copine. Tout ce que le jour oubliait, elle me le promettait.
Ca a dû la soûler. C’est le genre à aimer se faire désirer, alors elle m’a donné une leçon.
Les leçons de vie c’est assez rare. C’est bien de se rendre compte quand l’une d’ elles pointe le bout de son insomnie parce qu’en général , elle ne repasse pas deux fois. Mais en partant elle te laisse les nuits blanches quand même.
Ca aura pris 10 secondes pour passer de je t’adore à je te hais. Le comment et le pourquoi n’ont pas d’importance, l’important c’est qu’un mercredi de 2010 à 11h59 la nuit était ma pote de galère et qu’à midi ce n’était plus le cas.
Les jours qui se traînent mais qui passent trop vite. Les tripes qui se serrent quand le soleil tombe derrière les bâtiments. Lumières allumées toute la nuit. Volets fermés…
– Vous avez demandé la dépression, ne quittez pas, un opérateur va vous répondre.
– Heu non pardon, j’ai fait un faux numéro.
– Ne quittez pas quand même.
– Ah…
J’ai la faiblesse de penser que le manque d’empathie ne fait pas partie de la gigantesque liste de mes défauts;
Néanmoins, un sujet auquel j’ai rarement prêté une oreille complaisante est la dépression. Longtemps, j’ai pensé qu’elle était une pathologie de fainéant. Un genre de flemmingite du cerveau. Une sorte d’inertie se nourrissant de l’inertie, à laquelle je réagissais invariablement par : « Bon, bouge ton cul et arrête de me soûler. »
Mais ça, c’était avant.
Comme disait Gandalf (j’ai vérifié) : « On n’apprécie pas assez l’absence de douleur ».
Etre en dépression, c’est avoir mal. Tout le temps. Partout. Sans blessures qui saignent, sans pansements qui se voient.
C’est avoir mal à l’intérieur avec rien à mettre dessus pour soulager la souffrance.
C’est se lever et se coucher avec une pierre dans l’estomac, sur le thorax, dans la tête. Et puis des angoisses, pour tout mais très souvent pour rien. La peur de mourir, d’être malade. La peur d’être malade puis de mourir.
A cet instant, toute porte de sortie est envisagée; l’alcool, les cachetons, le balcon. Tout ce qui est susceptible de relâcher la pression sur le torse, de desserrer l’étau. De permettre de se lever, simplement.
Etre en dépression, c’est aller tellement loin au fond de soi-même que fatalement à un moment on manque d’air pour remonter.
D’ailleurs on ne remonte pas. Pas seul.
Ca ne se bouscule pas pour se pointer avec une bouteille d’oxygène ceci dit. Parce que pour venir te chercher, il faut plonger aussi profond que toi. Où il fait noir, où il fait froid. Ca se bouscule pas. Mais au fond, c’est pas la peine.
Les noms qui comptent, et que tu vas apprendre à chérir le reste de ta vie n’ont pas besoin d’être légion.
Les doigts d’une main. Ou des deux mains quand tu as de la chance. Des gens qui t’aiment suffisamment fort pour se mouiller jusqu’à boire la tasse, qu’ils habitent loin, dans le bâtiment d’en face ou qu’ils dorment avec toi. Et c’est la force conjuguée de ces personnes qui acceptent de porter un peu de ton fardeau, en plus du leur, qui te remonte à la surface, le temps que tu réapprennes à nager tout seul. Parce que la vraie leçon de cette expérience, l’unique pensée à laquelle tu dois t’agripper coûte que coûte, c’est qu’aussi loin que tu ailles, aussi profond que tu descendes, aussi malheureux que tu te sentes, ça passe.
– Comme ça ?
– Hé oui, comme ça.
Ça passe tout seul. Comme si cette connasse de dépression décidait du jour au lendemain que tu étais trop coriace pour elle. Alors elle lâche l’affaire et va voir ailleurs.
Et te laisse avec une sacrée dette, le genre que tu es trop heureux de devoir rembourser.
Mais surtout avec un regard différent, de la compassion, pour toi (ça fait jamais de mal à petites doses) et pour les trop nombreux autres, passés et à venir.
La dépression c’est moche. Très moche. C’est pas un coup de déprime soigné en deux heures de shopping. C’est pas romantique comme un coup de blues.
C’est grave comme un accident sur l’ autoroute. Mortelle comme un cancer pas pris à temps.
Et pour en sortir il faut être fort dans sa tête. Toute l’aide du monde ne servira à rien si tu as décidé de rejouer le final du Grand Bleu. Il faudra oser crier au secours, même si tu ne sais pas faire, même si tu as honte, même si c’est violent.
Il faudra oser, tout est là;
La dépression n’est pas une maladie qui teste tes faiblesses, elle teste à quel point tu es fort.
Tu l’apprends à la dure, mais ta vie change à l’instant où tu le comprends.
1h47 du matin. l’heure de croisière.
A nouveau tu éteins la lumière,à nouveau tu rouvres les volets et assis devant ton ordinateur, ton café et ton Kinder, à nouveau, tu savoures la nuit;
Qui a compris que tu as compris qu’on n’apprécie pas assez l’absence de douleur.

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6 réponses à Café-Kinder

  1. Barbara dit :

    Je t’ai déjà dit que j’adorais cet article? Ah oui, je l’ai déjà dit 🙂

  2. Chris dit :

    Tout pareil, c’est beau.

  3. RICHARD S dit :

    Et si à nouveau tu décides du jour au lendemain de fermer tes volets et d’aller tellement loin face à la mer prendre un Kafé -macatia ….et si la la nuit tiens ses promesses pense a nous ,nou yém a ou .

  4. Gérald dit :

    C est très grand,
    Respect 😉

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