Ami Karim - Site officiel
Préface

A ce moment là, franchement, je me suis dit qu'elle se foutait de ma gueule.
Et puis elle m'a raconté.
Elle m'a raconté comment Google en bon griot numérique lui avait livré la première des innombrables clefs qui ouvrent les portes du Slam. Comment elle avait découvert que Grand Corps Malade animait tous les mois une scène slam avec deux acolytes aux noms étranges; comment elle était venue pour voir, juste pour sentir, comment elle avait tourné en rond une heure avant de trouver le café qui se trouve à environ 25 mètres du métro, comment les jeunes de ma cité l'avaient accueillit à base de :
- Mamzelle, z'êtes charmante !
Ce à quoi elle avait répondu dans un sourire
- Je sais merci .
Avant même d'ouvrir la porte du Café Culturel, elle avait déjà tout compris. Ça s'appelle l'empathie, et ça et ben ça s'apprend pas. Et puis la baffe. Je l'invente pas, je l'ai vue se la prendre, j'ai pris la même il y a six ans. Le genre de claque qui change une vie.
Ça fait mélo, je sais.
Rien à foutre. C'est la vérité.
Elle m'a raconté comment en sortant de cette scène slam ce soir là, elle avait appelé son éditeur.
- Je fais un bouquin, ok. Mais je fais un bouquin sur le mouvement slam.
Et comment lui, en éditeur qui fait pas dans le caritatif mais qui sait reconnaître une passion quand il la voit éclore, lui a donné le feu vert. Juste ça, ça m'aurait suffit pour marcher dans son projet. Mais quand elle m'a donné son livre « La peau » au cours de la discussion, je ne sais pas pourquoi je lui ai demandé: * Heloise... Heloise comment?
* Guay de Bellissen.
* Pour de vrai?
* Je crois bien oui.
Elle s'appelait Héloïse Guay de Bellissen. Une aristo. Pour de vrai. Le grand écart était tellement immense que ça m'a tout de suite parût évident.
Alors je lui ai raconté mon histoire avec le Slam. Le Café Culturel, Nada, mon premier texte. Et puis cette frénésie d'écrire comme sortie de nulle part, l'excitation qui serre le ventre avant de monter sur scène, la trouille de sentir tous ces yeux braqués pendant qu'on « pose ».Ce verre offert pour un texte dit. Pas une récompense, pas un trophée ; un réconfort après l'épreuve magique de la scène. Et puis le bonheur d'évoluer dans un monde à part. Sans note, sans jugement, sans sanction.
Soyons clair, le Slam n'est pas le pays des Bisounours, comme partout, il y a des clivages, des tensions, des schismes, des luttes d'ego et de pouvoir nés pour beaucoup des enjeux financiers qui nous ont inévitablement rattrapés.
Mais ces gens croisés au détours de scènes, de textes, ces vies étalées loin du grand jour, dans l'intimité de salles tamisées, de rades perdus ou de musée; Ces âmes mises à nue, qui ont réinventée la pudeur pour en faire un art ont posées des passerelles, de minces fils d'Ariane, menant vers quelque chose d'autres.